L’avant co
urse Samedi matin 7h, le coach JLB, arrive à la maison avec sa femme Sylvie et nous voilà partis vers Nant pour la troisième fois en trois ans. Arrivés vers 11h, nous filons retirer mon dossard. C’est déjà la grande foule. Mais cette année, j’ai mon”bodyguard”. Quand je m’arrête sur un stand ou pour saluer des amis, les mots se veulent bref, JLB me tire vite par le bras. Il m’a autorisé dix minutes. C’est limite un supplice , mais je sais que c’est pour mon bien car l’an dernier j’avais passé la journée sur mes jambes et laissé beaucoup de jus. En retirant mon dossard le N°2, j’ai l’heureuse surprise d’avoir Thomas qui arrive lui aussi. Quel plaisir de le revoir! J’ai été très marqué cet été en vivant trois jours avec Gilles et lui. Thomas a “une carapace”, mais c’est un garçon exceptionnel comme Gilles, et son titre de “Champion du Monde” est un grand souvenir. Pour lui, mais pour nous deux aussi. Quelques mots échangés avec “Tomtom”, trop peu et déjà je dois y aller. Dur dur… Dernier petit footing, juste 20′ en aller retour vers Cantobre sur la route. Je suis bien tellement heureux d’être là. Je me restaure avec mon groupe Didier et Nadine, Coco et Daniel sont là eux aussi. Didier coureur du club est venu voir le phénomène Templiers. Il ne va pas être déçu, c’est sûr. Dès la fin du repas, je file seul en voiture dans mon hôtel à Millau, me reposer, face à moi-même. J’aime ces moments là aussi. La pression qui monte, revoir le parcours, les ravitaillements… Nous mangeons tous ensemble vers 20H dans une cafétéria. Fin du repas, on définie les postes. Sylvie récupère ma ceinture vide, Christine me donne le ravitaillement suivant. Elles ont toutes les deux une fiche sur chaque point, Sauclières, Dourbies…. quoi me donner, quoi me proposer, quel bidon, quelle quantité… Didier me fera les écarts sur la tête et les coureurs de derrière et me donnera un papier à lire en course. Le coach, JLB, les encouragements, les conseils… 2 heures du matin, je déjeune à la frontale dans la chambre pour ne pas gêner Christine qui dort bien. Je me recouche. Qu’est-ce que j’ai envie d’y aller. Je ne dormirai pas. le réveil sonne à 3H30, je me “déguise en traileur”. Les autres viennent boire le café dans ma chambre 30′ avant le départ vers Nant. JLB conduit mais ne dit pas un mot. Je tente de faire la conversation mais c’est difficile. Sylvie me dira qu’il est très stressé. Ce n’est pas mon cas, j’ai juste super envie de courir. Nous nous garons, une bise et des encouragements de tout mon petit groupe. Et le moment très attendu: le petit footing de 5h08 à 5h11 pour aller sur la ligne de départ. Tout le monde est déjà là. Je suis heureux, j’attendais ça depuis longtemps. Dès bonjours et des bises à ceux que je connais le plus…
La Course Le plus grand moment, ce traditionnel petit discours de Gilles suivit du bisou à Odile. J’adore..La musique, le coup de feu, les fumigènes rouges…ENORME. Ca y est, on est parti. J’ai choisi une grosse lampe (type course d’orientation pour trouver les balises la nuit, plein bois en Norvège ou Suède). Elle éclaire à 200 m, alors braquée à dix mètres pour les pieds. malgré l’accumulateur qu’il faut porter (800 gr sur le dos), un gros confort pour la pose de pied. Le départ sur1 km est très rapide, limite inquiétant. Nous nous sommes déjà trouvés avec Tomtom. Etre avec lui pour moi est réconfortant. Il fait tout à bon escient: placé, lucide, méthodique, ses courses sont cohérentes, pleines d’autorité. Et puis, il y a désormais une certaine complicité, celle qui fait que quand vous ne gagner pas, vous êtes heureux que le vainqueur soit l’autre, et que vous êtes heureux pour lui. Toutefois, nous ne sommes pas bavards. Fin de la portion de route, épingle à gauche, nous attaquons le chemin. Benoit Laval mène, je suis en dixième position à cinquante mètre. L’allure est tranquille. Lorsque cela monte je reviens malgré moi sur la tête. Lors du raidillon, tout le monde marche. Sans mettre les mains sur les genoux, je remonte les coureurs qui me précèdent et suis en tête au sommet. J’attends que cela revienne sur moi. Benoit m’invite à ouvrir la trace, je lui répond que je ne suis pas pressé. je n’ai pas l’intention de calquer ma course sur lui ou de m’échapper comme il y a deux ans. Cela ne mène à rien sinon à rater sa course. Benoit prend la mouche, accélère violement, et le point lumineux de sa lampe disparait rapidement de notre champs de vision. Le reste des favoris (ceux que je souhaite suivre me reprend) et nous rentrons à 15 km/h, voir un peu plus jusqu’à Sauclière.
Sauclière - Dourbies Toujours autant de monde dans le noir dans ce petit village aux rues très étroites. Après une bonne heure d’effort, à se relâcher, concentrer sur tout ce que l’on a imaginé pendant des nuits et des nuits avant de s’endormir. Le contraste est saisissant. Quand à nos proches, impatient de demarrer leur mission d’assistance, ils sont au taquet. Avant le point d’eau, Nadine me crie:” Sylvie à gauche dans 100m”. Je dégrafe en courant mon gilet en néoprène, enlève la grosse lampe de sur ma tête tout en cherchant LE visage connu. C’est bon, je la vois. Christine me tends mon double porte bidons. Zut, je n’ai pas décroché l’autre mais suis déjà repartis. Je la jette aussitôt à Bib (supporter de Thomas, mais corrézien) tout en lui criant qu’il doit retrouver ma femme pour la lui donner, car j’en ai besoin pour la section suivante. Plus loin un petit échange de mot avec JLB, mais déjà les ténors sont repartis (Thomas-Laget-Pasquio-Diemunsch, Bégaud, Gault…)Je recolle rapidement, allume une lampe frontale normale. Je n’y vois quasi plus rien, temps d’adaptation difficile!!! Vient ensuite la succession de côtes plus ou moins longues, plus ou moins séches. Thomas me montre que nous avons repris Benoit. Il est tout juste cinquante mètres devant nous. Nous sommes une vingtaine de coureurs, cela ne va vraiment pas très vite, encore moins dans les montées que je fais presque toutes en marchant. Je continue de gérer, comme prévu. Peu avant le St Guiral, nous ne sommes plus qu’une petite dizaine. J’ai vraiment les jambes, mais évolue en retrait. Nous passons au sommet en 2h33′, et pour la première fois Thomas prend la main. Un petit trou, David Pasquio double à son tour Benoit. Je ne veux pas laisser partir et double à mon tour Benoit qui se met à crier ” aller Thierry, aller Thierry”. Comportement assez bizarre, je ne relève pas. Et le voilà qui prend à droite, double tout le monde passant comme un fou furieux. Nous sommes un peu abasourdis!! Bref, nous atteignions une piste, le groupe se reforme. Je me replace avec Tomtom, nous discutons de l’attitude surprenante de Benoit qui nous fait bien marrer il est vrai. A deux ou trois reprise , le “phénoméne se reproduit”: je prends la tête de la course, Benoit crie “aller Thierry, aller Thierry attaque”, puis part à fond dans la descente. Nous, nous revenons toujours tranquillement sur lui au fil des kilométres qui passent très vite. A quelques kms de Dourbies, j’ai vraiment envie de relancer la course. Mais les deux explosions que j’ai fais jusque là les années précédentes dans le Suquet font que je reste prudent. Patience, on est encore très loin avec de sérieux clients. Peu avant Dourbies, le bout de mon pied accroche un caillou et c’est la chute. Sans conséquence, sans
gravité. Etienne et Thomas m’évite, je me relève assez vite. Ouf! Restons bien attentif. C’est déjà le pont en bois du village de Dourbies et comme d’habitude la course devient nerveuse. Dans le début de la montée, Tomtom accélère et double Benoit, j’embraye avec Etienne. Ca “visse ” un petit peu dans cette côte qui fait toujours assez mal au moment d’une transition qu’il faut toujours réussir. Nous sommes six, et pas des moindres. Dans l’ordre Tomtom-Pasquio-Diemunsch-Breuil-Laval-Laget.
Dourbies - Tréves Je me sépare de ma ceinture, rentre dans la salle et en ressors aussi vite. Christine m’attend avec le matériel prévu. Ouf, elle a vue Bib, et possède ma ceinture 1 bidon, suffisante pour la portion la plus courte. C’est un arrêt éclair. Je repars avec Etienne, passe Tomtom qui change son matos avec Kinou. Quelques petits mots en passant. Ca y est, le Suquet tant attendu. La montée qui a vu mes illusions se perdre les années précédentes. ( je l’ai monté six fois lors de mon week-end reconnaissance il y a trois semaines pour vaincre l’appréhension qu’il me suscite). Je monte à ma main, bien décidé à ne me préoccuper de rien d’autre que de moi. JLB m’attends plus haut. Un petit signe pour lui dire que je suis très très bien, bien loin de me mettre dans le rouge. Je connais chaque virage, la distance des deux portails, la partie la plus dure, le nombre de virages sur les lacets du haut, s’il faut prendre à l’intérieur ou à l’extérieur des virages…. Tout se passe pour le mieux, je suis dorénavant seul, surplombant mes poursuivants. J’ai chronométré ma montée jusqu’à la clôtute: 19′44 soit 1′ de plus qu’à l’entraînement. Mais je suis monté facile, et dans l’état d’esprit positif que je m’étais fixé. Je n’avais juste pas prévu d’être seul. Même s je suis content d’être monté si facilement, il reste près de 29 kms. Je poursuis comme si de rien n’étais. Plus loin, dans la descente sur Tréves, Etienne revient comme une balle sur moi. J’emboite le pas. Je voulais faire une descente de plus très tranquille afin de preserver mes cuisses sur la fin. Je suis très bon descendeur contrairement à ce que relate et affirme Benoit Laval sur son CR (3éme au mondial de montagne en montée/descente en 1997 à Upice, rép.tchéque, vice-champion d’Europe de montagne en montée/descente en 1996 à Llamberis). Je repasse rapidement devant Etienne, et nous descendons maintenant très fort jusqu’au village de Tréves. Etienne s’arrête de temps à autre pour s’étirer un mollet. Il doit déjà lutter contre de fortes crampes, il reste pourtant 20 kms et la montée sur le causse noir se dresse devant nous.
Tréves - Cantobre Arrivé au ravitaillement, mes “femmes” sont fidèles à leur poste: Sylvie me tend mes mitaines, les bâtons déjà dépliés et prend ma ceinture. Plus loin, sortie de ravitaillement, Christine me donne ma ceinture, ma visière “mode” Tomtom, et un gel anti-crampe. Je repars en courant. Très vite, des douleurs synonymes de futures crampes m’inquiètent. Preuve qu’il ne faut pas s’emballer et je m’interdis d’y croire. J’entends en bas l’arrivée de Tomtom et les encouragements de son groupe de supporters. Je dois avoir 3′ d’avance sur lui. Quand à Etienne, son mollet l’a contraint à me laisser partir. Je monte presque tout en courant, malgré la douleur qui s’intensifie bien trop rapidement. Je veille à bien boire. Les derniers hectomètres se font en marchant vite. Déjà le plateau. Je reprends vite la course. Sur le plat, les adducteurs me laissent enfin tranquille. Je suis vraiment tout seul. je cherche à faire des pointages, mais du plus loin
que je puisse voir, jamais personne à l’horizon. Je prends beaucoup de plaisir sur ce plateau. L’allure est vive et je plonge très vite dans le ravin de St Sulpice. Je ne connais pas cette nouvelle partie. Dès lors, ce nouveau chemin ouvert, pleine végétation, me paraît bien long. Il me tarde de retrouver mes repères. Enfin, j’y suis, et c’est la terrible remontée vers le chaos, l’endroit que je redoute le plus. Cela sera une délivrance quand j’aurais passé cette difficulté. Cet endroit avait été un terrible calvaire l’an dernier. Je marche tout de suite, positive un maximum, et avance. Mes douleurs sont très vite revenues dès lors que le chemin s’élève. Une nouvelle fois, connaissant bien cette partie, j’y trouve des repaires et me hisse sur le plateau. J’y trouve les mots d’un bénévole très réconfortant qui vont bien me relancer. Celui-ci m’explique qu’il me reste une heure d’efforts, que j’ai 6′ d’avance et de bien boire. Selon lui, sans coup dur, j’ai course gagné. Mais dans la montée, j’ai bien tiré sur mes jambes, et les crampes aux adducteurs sont maintenants présentent aussi sur le plat. Cependant je cours sur la trace bordant ces fabuleuses falaises avec en contrebas les gorges du Trévezel. Je m’interdis toujours d’y croire. C’est maintenant la descente sur Cantobre. Mes gants me servent. Je fais une grosse descente. Plus de calcul, plus d’écomomie. Je fonce, prends des risques et n’hésite pas à me freiner avec les mains aprés les arbustes, les troncs ou les branches d’arbres qui bordent la trace. Tous les cailloux sont très glissants. Impossible de prendre un appui certain sur une la roche. Je passe la célèbre falaise ou nombre de clichés sont réalisés tous les ans. D’ailleurs il y a bien du monde là. Mais pas d’arrêt, je reste concentrer. Me voilà en bas, personne en vue, je rejoins pour la dernière fois mon équipe à la centrale électrique.
Cantobre - Nant Je n’aurais jamais pensé arriver là un jours en tête. Il va falloir courir maintenant pour ne plus se refaire prendre par un coureur qui aurait mieux gérer sa course! Je suis nerveux. Quelques mots au coach qui m’accompagne quelques mètres sur la route. Les filles ont finies leur “job” à la perfection. Mes gourdes sont remplies au 3/4, inutile de porter du poids pour rien pour finir. Je crains le lit de cette rivière asséchée avec ses gros blocs et une palette de bois dont j’ai le souvenir. Les crampes sont vives maintenant. Je vais perdre beaucoup de temps dans cette partie, ayant un mal de chien à franchir les blocs et cette p…. de palette. Je vais mettre au moins 30″ avant de la franchir, surprenant deux spectateurs assis non loin de là. Je me dis que s’ils disent à Tomtom que j’ai eu tant de difficultés à passer cet obstacle, ce dernier aura le moral regonflé pour revenir me chercher dans le final. (J’apprendrais quelques jours plus tard, que c’était deux copains de Tomtom. et qu’effectivement, ils lui diront que j’étais cuit à cet endroit) Bref, j’ai passé cet obstacle, quitte le goulet, remonte près de la route, et attaque dans le sous bois la dernière difficulté. Je suis très lucide. C’est la dernière avant le final. La douleur sera omniprésente tout le long de ce chemin serpentant, nous emmenant à la ferme du Martoulet. Je jette mes ultimes forces et suis à plus de 15 km/h sur le plat avant de basculer. Je me rappelle de phrases lues sur le blog de Tomtom les années précédentes: ne pas entendre la musique d’Era dans la descente du roc Nantais. J’y suis. Pour atteindre mon réve, je dois me livrer à fond dans cette descente technique. Ce que je fais. Kinou est là. Ce n’est pas son “poulain” qui est en tête. Il me félicite déjà pour une victoire que je n’ai pas encore, avec un large sourire sur son visage. Ses paroles me font infiniment plaisir, quelle sportivité!!! Je lui dis que j’ai une pensée triste pour Tomtom dans le même temps. Il me repond que je mérite ma victoire. Tout nous opposait avec Tomtom il y a deux ans. Tout, et beaucoup de monde à travers les sites et les blogs de trail. Pourtant, aujourd’hui, après une sélection ensemble avec Gilles, nous avons lié une amitié sincère malgré de gros tempérament de compétiteurs. La descente du roc passera très vite. Dès lors, je suis en bas. Didier est venu m’encourager là, loin de la ligne d’arrivée. je lui demande s’il voit quelqu’un dans mon dos à travers les feuilles. Il me repond que non. J’ai gagné alors. Didier, très émotif, pleure déjà et me dis que oui. La délivrance, c’est à ce moment là que je l’ai eu, un peu avant le pont nous permettant de rentrer dans Nant. J’en ai profité 5′. J’ai essayé de finir avec JLB, voulant lui rendre les honneurs pour tout se travail fait à mes côtés depuis cinq ans. Il n’a pas voulu. Et puis le reste vous le connaissait. C’est la couronne de lauriers que tend Odile, la musique Era qui n’a pas résonée avant que j’arrive, et tout ce grand bonheur qui s’en suit… beaucoup d’émotion. J’étais un coureur de route et je suis enfin devenu un traileur et je peux etre fière (contrairement à l’an dernier) de ce nouveau titre de champion de France de trail. Franck MANTEL, toujours dans les dix aux Templiers finira comme un boulet de canon et prendra la deuxième place. Cet immense champion qu’est Thomas LORBLANCHET montera sur la boite. Il ne faudra pas oublier qu’il nous à ramener un titre de champion du monde un jour de juillet 2009. Respect, j’étais ce jour là à 45′ je crois. Quand à notre grand ami, notre Gilou national, il a été nous sortir une course de “dérrière les fagots”. Un truc de fou, qui vous redonne le sourir. 48 ans, 4ème d’une course qu’il a déjà remportée il y a trois ans. Respect aussi monsieur Gilles et merci pour cette magnifique photo résumant ces quelques lignes, envoyé par ta cha
rmante Marie.