
Un peu plus de deux mois et demi d’entraînements depuis début janvier, juste pour cette course, la traversée de Paris, nommé Eco Trail de Paris, 3 éme du nom, sur 80 Kms avec arrivée au premier étage de Madame la tour Eiffel.
La préparation est terminée depuis quelques jours, et nous voilà partis en train avec Christine Vendredi, pour Paris XV, dans un petit hôtel. Une petite ballade rapide sur les champs, un crochet par la boutique Adidas histoire de faire quelques petits achats dont une valise (pour l’ île Maurice début mai) puis retour à l’hôtel avant un dernier petit footing de 20’. Retrait du dossard, vérification du matériel obligatoire par un des bénévoles et fin d’après midi à préparer mes affaires, remplir les bidons, mettre le dossard, …. avant une bonne assiette de pâtes.
23h, Hop au lit. J’ai assez mal dormis depuis deux nuits, insomnies dû à un peu de stress malgré moi?
Oui je pense.
Samedi matin, 8h00, le coach et sa femme arrivent à l’hôtel, ils sont partis de Brive en voiture à 3h30. Comme prévu, nous descendons prendre le petit déjeuner tous les quatre. Nous serons rejoints par Romu un peu plus tard, venu chercher un coupe vent technique et très léger , règlement oblige!! Nous passons ensemble un bon moment convivial. Romu courra et remportera d’ailleurs le 50 Kms. Félicitations à lui!!

Le temps passe bien vite, il faut se rendre au départ, à St Quentin en Yvelines. Il nous faudra bien deux GPS et après quelques détours avant d’arriver sur la base de loisirs. Plus que deux heures avant le départ. J’adapte ma tenue en fonction de la météo, il ne fait pas bien chaud, mais la pluie s’est arrêtée.
Après un léger faux départ, c’est enfin la délivrance, nous voilà partis pour 80 Kms à la recherche de la tour Eiffel. Après quelques dizaines de mètres, un coureur se détache. Mais ce n’est pas une surprise, plutôt une habitude et je le craignais. En effet, Stéphane Begaud, court souvent de la sorte, et le voilà partit dans un grand raid solitaire comme il les aime.
Nous avons convenus avec JLB de le laisser partir et de ne s’occuper que de soi pendant 50 kms. Derrière un groupe d’une vingtaine d’unités se constitue. Un groupe ou se trouve tous las autres concurrents sérieux: Laget, Vierdet, Gault, Clavery, Boebion, et quelques coureurs que je ne connais pas. L’ambiance est très bonnes, et de petites conversations vont de ci de là. Je suis souvent en fin de peloton. Je ne suis pas très à l’aise, trop couvert, il fait finalement trop chaud.
Pour m’aider à bien rester concentrer dans ma course, j’ai programmé un auto-lap tous les 5 Kms avec ma montre Polar, couplé avec l’accéléromètre. Je regarde donc passer les tranches de 5000 dans une allure convenable autour de 20’30. Il me tarde le 1er ravitaillement au km 21. C’est décidé, je troquerais le collant court, pour un short d’athlé standard. Par bonheur, sans avoir vraiment fait l’effort, nous sommes revenus sur Begaud, qui est tout juste 30 sec devant nous.
C’est dans la cour d’une école que se tient ce 1er ravito, le plus important car le 2nd sera au km 53, dans 32 Kms, soit environ 2h15’ de course. Je fais un signe à JLB, qui renverse ni une ni deux mon sac de vêtements sur le sol. Je me mets « dans le plus simple appareil » quelques secondes, désolé pour les spectateurs, mais bon, il faut avant tout penser à être bien sur ce futur tronçon . Pendant se temps Chistine me change mes gourdes, j’ai prévu de ne tourner qu’à la boisson énergétique du début à la fin, accompagné de bouts de bananes et de coca après le 50eme km.
Nous repartons assez groupés , 5 - 6 coureurs, seul Laget est devant ne s’étant pas arrêter. Les deux Asics, Gault et Clavery, les trois Adidas, Laget, Vierdet (et moi), et deux autre coureurs: un luxembourgeois Jose Azevedo et un anglais ian Sharman..

Je me sens beaucoup mieux avec mon short, mais la joie va être de courte durée. En effet, j’ai bien deux bidons dans le dos, mais un seul a été changé. Coup dur, je n’ai donc que 600ml de boisson pour plus de deux heures assez stratégiques, car dans cette portion du parcours se trouvent une grande partie des montées les plus sèches.
Je vais donc devoir espacer mes prises ainsi que le nombrede gorgées.
Depuis quelques kilomètres, nous n’apercevons plus Bégaud dans les plus grandes lignes droites que nous enchaînons. Sous l’impulsion de David Laget, notre allure est relancée, mais cela ne va pas durer bien longtemps. En effet, à force,
de ne jamais le voir au loin devant nous, nous questionnons les signaleurs, spectateurs sur l’écart nous séparant du leader de la course. Les réponses sont unanimes, personne n’est passé avant nous!!! Cela change beaucoup de choses. Fini le stress de savoir si le fuyard sera repris.
Dans cette partie du parcours, nous sommes sur des chemins communs au trail de 50 Kms partie dans la matinée. Les chemins sont du coup très boueux et très glissant. David, Damien et Emmanuel sont en chaussures de route ou compéte, quand à Erik et moi, en chaussures trail. Pour ma part, j’ai chaussé mes Adizero trail. Cette fameuse paire avec laquelle j’ai remporté les Templiers en octobre. Celle de ce matin sont quasi neuves, et je suis très à l’aise avec ces chaussures légères mais accrochantes sur les parties boueuses. Je suis content de mon choix et ma progression est plus facile que mes compagnons d’échappée.
Vers le 30 éme km, damien et Jose Azevedo lâchent notre groupe et nous ne sommes plus que quatre.
Je regarde toujours les tronçons de 5 Kms, j’ai toujours de bonnes jambes, mais il reste 45 kms. Je passe devant en compagnie de David de plus en plus souvent, Manu et Erik nous suivent de prés. Mais Erik doit avoir quelques douleurs à sa cuisse blessée, et encourage son ami Manu avant de céder. Il fera le « yoyo » quelques minutes avant de céder 40 éme km, mi-course.
42 éme km, une bonne côte, la première ou je passe légèrement à l’offensive. Et là, surprise, j’ai pris une trentaine de mètres d’avance. Je coupe mon effort et laisse rentrer mes deux compagnons, mais dans ma tête les choses ont changé, et ma stratégie de course initiale va être modifiée. David, qui transpire beaucoup, me surprend en me disant que je suis le plus fort du groupe. J’ai bien conscience que nous sommes encore très très loin. Mais je n’ai pas pu attendre plus, d’autant que nous venons tous les trois de nous tromper en ratant une ru balise , nous perdons 2 minutes, et Danien et José en profitent et rentrent sur nous au moment ou nous retrouvons notre chemin. C’est là, que je décide subitement de partir, vers le 44 ème km, peu avant l’observatoire de Meudon.

46 éme Kms environ 40sec d’avance, contrôle par l’organisation d’une partie du matériel obligatoire: « sortez moi votre couverture de survie, et mettez votre brassard », me dit ce bénévole contrôleur. C’est une blague , lui ai-je répondu assez énervé à l’idée de voir fondre sur moi le groupe de poursuivant.
Au final, devant son insistance, je m’exécute, sors tout le matos, repars vite et essaye de tout faire re rentrer dans ma ceinture ce qui est difficile. Une bonne frayeur, je reprend une bonne allure et creuse rapidement un bon écart. J’arrive enfin au 53 ème km, lieu du 2nd ravitaillement.
Je suis bien content de revoir mon équipe. Je récupère enfin deux bidons plein, dont un avec du coca maintenant mange une demie banane et repars assez vite. En filant dans le bois, je ne manque pas de faire un écart: j’ai environ deux minutes d’avance.
Cette partie entre le 53 ème et le 63 ème, est vraiment difficile. Les côtes sont plus nombreuses, et très sèches par moment. Je vais moins bien, la fin ne va pas être forcement très facile. Je me motive à gérer au mieux mes efforts, et me consacre sur la distance séparant chaque ravitaillement. Je traverse l’hippodrome de St Cloud, la tente est au fond. Petite déception, le coach n’est pas là. Des mots, un regard, des encouragements, ça fait toujours du bien. Je remplie mon bidon seul et ne m’éternise encore moins. Je les verrais donc au prochain, dans 7 kms. Je remplie mon bidon, seul, je n’ai bu que du coca sur cette portion, et ne m’éternise encore moins. Je les verrais donc au prochain, dans 7 kms.
Le parcours va être maintenant beaucoup plus roulant. Fini les montées sèches. Je suis un plus marqué musculairement. Je continue de gérer mon avance et contrôle que cela ne « rentre » pas sur moi. J’arrive assez vite sur le dernier ravitaillement avant l’arrivée, il faut dire que seul 7 Kms espace ces deux dernier point. Me voilà donc à tout juste 10 Kms de l’arrivée, et j’aperçois Jean-luc qui est venu une centaine de mètre en amont. Cette fois, ces encouragements sont bien plus vifs, avec des mots plus marquant. Il commence à y croire.

Christine et Sylvie me propose mes derniers bidons. Je n’ai encore bu que du coca sur ce tronçon. Je possède 2’29 d’avance sur le second avant de plonger sur la Seine. Je suis dans le dur par moments, mais je contrôle mon allure sur ma montre, 4’18 au km vent de face. Normalement à cette allure, cela devrait tenir. La tour Eiffel est bien dans mon champs de vision. Cependant, elle ne « grandit » pas bien vite, quand au parcours sur les trottoirs le long de la seine, ce n’est pas super attrayant.
Je suis toujours concentré sur le balisage. A 6 Kms de l’arrivée, un pont à traverser, une flèche tournant à gauche au sol sur le trottoir avec ces trois lettres ETP. 10m derrière, une ruelle filant effectivement à gauche. Je m’engouffre, 100m, pas de ru balise…, 200m toujours pas de ru balise. Pas de risque, je rebrousse mon chemin, me retrouve sur cette flèche peinte au sol, et là, je vois qu’en fin de compte, il fallait tourner deux fois sur la gauche, et non pas une comme le disait la flèche, et descendre des escaliers pour passer sous le pont.
Je viens de perdre grosso modo une bonne minute trente, mais pire, Emmanuel et José, de l’autre côté du pont à 300m, viennent de m’apercevoir. Pour moi, gros coup de bambou sur la tête. Mes poursuivants ne sont plus qu’à une quarantaine de secondes, et en plus, ils vont pouvoir à nouveau croire à une possible victoire. Moi, je suis très énervé en plus d’être fatigué. Difficile de chasser le doute qui m’envahis. Ceci dit il ne faut pas attendre, et je relance mon allure passant à 15 km/h. Ces cinq derniers Kms sont interminables. Mais j’ai repris de l’avance, et en principe la victoire devrait être au bout. Tout est dur, je suis en fait dans un état d’hypo depuis un bon moment. Certainement que la faible prise de sucre entre le 20 éme et le 50 éme se paye maintenant. Je m’apercois aussi en écrivant ce CR, qu’à partir du 53 ème jusqu’à l’arrivée, je n’ai bu plus que du coca!!!
Ça y est, je suis en bas des marches près de la Seine. Jean-luc est encore venu me chercher quelques dizaines de mètres en supporter/entraîneur . Il me rassure sur l’écart, regardant par-dessus mon épaule. Je traverse le boulevard entre deux rangées de barrières, la fameuse et tant désirée tour Eiffel est au-dessus de ma tête. Il y a beaucoup de monde de chaque côté des barrières qui crie et applaudie. Pourtant, ce sont des juste des touristes, le trail ne nous amène pas autant de spectateurs. Christine est là, elle n’a pu avec autant de monde pu monter au 1er étage ou est jugé l’arrivée.
J’attaque les premières marches du pilier une par une en marchant. Je fais aussi les premières rampes doucement. Ce n’est que lorsque Manu arrive sous moi , une fois après avoir pu juger de l’écart, que je me remet à courir. Finalement, la montée sera assez courte, je pensais que l ‘effort à faire était bien supérieur. J’aperçois le plancher de l’étage, quelques arbustes et une banderole arrivée pour le décors, et derrière, une nuée d’appareils photo.

Je franchis en marchant la banderole sous les applaudissements. C’est la délivrance tant attendue, 38 sec devant un Manu Gault qui a su finir très fort.
Pour apprécier un peu plus, il me manque mes proches pour partager ces moments de bonheur qui eux sont tout en bas. Je saurais plus tard, qu’ils aurons douté longtemps de ma victoire, manu ayant attaqué les premières marches vraiment très fort.
Merci Jean-luc, pour une si bonne préparation.
Photo: Génération trail
