Retour sur l’Aubrac
Tout à commencer par une petite semaine de stage avec l’équipe de France de Trail dans la Loire. Une très bonne semaine avec principalement mes deux grands potes que sont Gilou et Tomtom. Mais il n’était pas facile en fin de compte de ne quasiment rien faire. En effet, j’ai pris pour habitude d’avoir une dernière semaine très légère la semaine d’une compétition visée. Et là, se profilait le marathon des Burons sur 46 Kms à Nasbinals entre Aveyron et Lozère.
Bref, du mauvais temps quotidiennement , à ne même pas prendre un café dehors à la fin du repas, des jours de repos , une bonne sortie vélo route de deux heures , et des grasses matinée pour éviter des petits déjeuner trop copieux, restant ainsi à jeun pour les footings du matin.
La semaine est vite passée cependant, un petit crochet dans la famille de Gilles pour passer la nuit de jeudi, et je prends seul la route pour Nasbinals vendredi matin, encore sous la pluie.
Après une semaine à dix huit dans un grand gîte, j’ai passé mon temps à discuter sans cesse, et j’éprouve maintenant l’envie de m’isoler, de rentrer dans ma bulle, et de faire monter la pression. En bref, sentir « la trouille, le doute, cette peur dont j’ai besoin pour me faire avancer.!!
Une petite sieste donc dans mon hôtel à Aubrac. Je commence même à préparer quelques affaires, et quelques gestes qui sont devenus un véritable rituel: me raser les jambes…. Puis je décide d’aller marcher une petite heure sur la fin du parcours. Au milieu des prés , et donc des vaches, je prend des nouvelles de Tom, qui lui est partit faire l’Aravis trail.
Comme l’an dernier, je pars en compagnie d’Olivier, Géraldine et d’Alain, manger dans un véritable buron, loin au milieu de rien. Dépaysant! Plat principal, saucisse aligot évidement auquel je me plie volontiers, mais juste raisonnablement . Une bonne petite soirée.
Samedi matin, petit déjeuner avec Olivier à 8h00. Je retire mon dossard, puis demande à Géraldine de me poser à 10 Kms de l’arrivée, afin de refaire encore, la fin du parcours de demain.
Je prends beaucoup de plaisir sur cette sortie, malgré une petite pluie fine, un bon petit vent, et une température relativement basse de 8°. A l’arrivée, je croise Odile qui m’aperçois avec le sourire. Oui, j’ai de bonnes jambes. La pression monte et j’ai hâte d’être demain.
Mes amis de Brive, dont ma femme et JLB mon coach arrivent vers midi. J’ai réservé le repas de midi dans l’hôtel -restaurant du maire du village. Après le repas, sieste, puis séance de dédicaces avec le reste du team au stand Adidas. Même le petit dernier est là: Sylvain COURT de Bordeaux, 5 éme à Gruissan, 5 éme au Nivolet, vainqueur il y a quinze jours de la Pastourelle. Un jeune qui promet.
DIMANCHE - Lever 3h30 avec Gilles et Maud Giraud pour le petit déjeuner Dehors, beaucoup de vent, et il fait très froid. Difficile d’avoir envie. Retour au lit jusqu’à 6h. Puis dernier préparatifs, pansements sur les tétons et sur le nombril, bas de compression, … le doute s’installe. Il fait vraiment froid, je rajoute un tee-shirt sous le maillot de course, manchon sur les bras, coupe vent, gants casquette.. Pas vraiment la tenue d’un mois de juin. Il fait 2°.
Je n’ai pas très bien dormis. J’ai vraiment la pression. Ce n’est pas l’idée du triplé qui m’inquiète. C’est plus de ne pas faire trop loin au scratch pour engranger un maximum de points au TTN. En fait, il faudrait être second au pire. Forcement, cela me stress, car avant l’heure avec les VIERDET, COURT, GUICHARD, TRAUB, CLAVERY, MANTEL, CHARTOIRE, je ne suis pas à l’abris d’une place de 7.
6h40, fin de la petite causerie avec le coach sur la stratégie de course. Il me connaît par cœur, et sait toujours trouver les bons mots. Son seul défaut est parfois de trop croire en moi!!!
Début d’un petit échauffement de 10’, puis rendez vous au milieu des potes sur la ligne de départ. 7h01, la musique retentit dans le petit bourg de Nasbinal, et un petit millier de coureurs s‘élance dans le froid pour 46 kms.
Jusqu’à la sortie du village, c’est Franck Mantel qui assure le rythme, et c’est déjà parti assez vite. Première petite côte sur le chemin à gauche, je prends la tête et amène à mon tour jusqu’au moment ou je perds mon bidon de ma ceinture. Je m’en aperçois aussitôt, m’arrête mais déjà Fabien Chartoire me le tend. Sympa. Je recolle rapidement , un petit groupe de 5 s’est formé: Clavery, Traub, Court, Chartoire et moi, Damien Vierdet faisant le yo-yo à quelques mètres. Je reprend la tête et jusqu’au plateau avant l’Aubrac assure le train. Nous avons le vent dans le dos, qui nous pousse parfois assez fort. Lucide, j’anticipe déjà sur le fait que nous l’aurons vraiment de face sur la fin, et il souffle vraiment. Nous avons beaucoup de rigoles à traverser, l’ultra et ses trois cent coureurs ont aussi rendu certaines portions bien glissantes. Le brouillard est tombé. Je cours avec mon bidon dans ma main droite de peur de le refaire tomber. Arrivés sur le plateau , tour à tour, Erik, Sylvain et Alexis placent des accélérations. Pourtant nous allons déjà bien vite. Petite descente avant de traverser la route du village d’Aubrac, JLB est là, mais nous allons bien trop vite pour échanger quelques mots.
Je mène ensuite la grosse descente qui suit. Puis Sylvain passe à nouveau. C’est la première fois que je cours avec Sylvain à mes côtés car il était partit plus prudemment dans les autres manches du TTN auquel il avait participé. Il à l’air bien en forme avec une magnifique petite foulée, il m’impressionne!
Les Kms passent. Sylvain assure seul le train tant il semble fort, sans un mot. Alexis lui emboîte le pas, puis moi, Erik et Fabien. Moi, j’ai de plus en plus mal au ventre. Je bois donc de moins en moins. Pourtant les jambes sont là. A la faveur d’une côte un peu plus longue que les autres, je passe Alexis et me cale derrière Sylvain qui ne s’occupe de rien et continue son travail de sape. Cela fonctionne bien, et nous avons perdu Fabien. Quand à Erik, il décroche par moment, puis revient. Ce sera finalement Alexis qui sautera le premier après un bon raidillon en monotrace suivi d’une descente technique au milieu des trous et des souches. Un bon moment nous ne sommes plus que deux. Je me force à boire une gorgée par ci par là, tout en regardant les bas côtés: j’ai de plus en plus mal au ventre, et je sens bien que je vais devoir m’arrêter pour un besoin urgent.
Nous approchons du ravitaillement, Erik est revenu à 50m. J’enlève à l’avance mes gants, mon coupe vent, ma ceinture porte 1 bidon, mes manchettes et cherche JLB pour m’en séparer avant de prendre une ceinture porte 2 bidons avec les bâtons pliés dessus. Je lui demande s’il a des mouchoirs, mes douleurs étant toujours vives. Réponse négative de sa part. A peine le temps de lui dire que je trouve Sylvain costaud, que celui-ci et Erik sont déjà repartis. Je mange ma banane et me lance à leur poursuite, tout en échappant ma barre de céréale et mon gel, la poche ventrale de ma ceinture étant rester ouverte. Comme ça, je ne me poserai pas la question si je dois prendre autre chose que ma boisson énergétique, je n’ai plus qu’elle.
Nous rentrons dans un bois, avec une bonne descente très technique sur un cours d’eau. A l’abris, j’en profite pour uriner tout en courant dans cette descente. Pas facile, d’ailleurs mes deux compagnons m’ont pris une centaine de mètres. Allez, je relance il faut vite recoller. Je reviens assez vite, double Erik un peu à la peine, puis reviens sur Sylvain vingt bonne longueurs devant. L’allure est toujours bonne, mais mon mal de ventre est entrain de passer . Du coup le moral revient. Je me ravitaille toujours très peu. Je regarde ma montre. On va mettre 3h30, car nous sommes passés au ravit vers 1h36’. Je sais donc en me ravitaillement très peu, que cela peu passer. Je me force, mais au final, j’aurais bu un bidon et demi sur cette course et mangé une demie banane pour 3h26’.
Sylvain mène la course jusqu’à la côte avant le lac des Picades. Il s’écarte et je prends mes responsabilités. Les premières bonnes montées s’annoncent. Nous marchons de plus en plus souvent. Arrivés sur une grosse piste largement carrossable, j’aperçois en contre bas un groupe de 3 coureurs dont Damien facilement reconnaissable avec ses cheveux blonds. Cela m’inquiète vite, je ne veux pas que cela revienne de derrière, trop risqué! Je mets une bonne relance. Très vite je me rappelle certains éléments du paysage et je sais que nous sommes au pied de la piste de ski noire. Je suis venu la reconnaître hier soir avec Gilles. Ce n’est pas la même que l’an dernier, plus courte, mais plus raide.
En très peu de temps je déplie mes bâtons et force l’allure, c’est maintenant qu’il faut partir. Toutefois je mesure mon effort pour ne pas exploser, car c’est en haut que tout se jouera. Sylvain décroche tout de suite, je ne le reverrai plus. Je monte bien, souffle bien, et tire sur mes bras. Après un virage, j’aperçois quelques personnes qui sont sur la route que la piste va couper. Dés que JLB me reconnais, il commence à me pousser avec sa voix. Arrivé à sa hauteur, je lui explique que cela revient et que ce n’est pas encore gagné, mais que j’ai vraiment les jambes. Je monte quasiment tout en courant, jusqu’au sommet. En haut, je mets un gros taquet. Je me motive et me dis de considérer chaque km comme le dernier. Il est très important maintenant de faire le trou. Toute la partie dans cette belle forêt sera faite sans calcul, tambour battant. Je commence à me taper dedans, aussi je me force à boire à nouveau. Soudain au bout d’une piste , je vois une lueur, c’est signe que nous sortons de la forêt et que nous retournons dans les alpages pour la partie finale.
En revanche très mauvaise surprise, j’avais oublié le vent. Il souffle terriblement. Cela va vraiment être galère jusqu’au bout. Ce premier pré avec ces burons en haut sur notre main droite n’est déjà pas facile à courir. En contrebas , sur la route, je reconnais François D’HAENE venu encourager Alexis. Moi, là, j’ai le sourire. En effet d’ici je connais tout par cœur. J’ai fais mon footing d’ici hier avec ma montre Garmin. J’ai même mesurer certains tronçons. Le premier étant la grosse portions de route ou j’ai pris des temps de passage pour mesurer l’écart. Je sais qu’il y a 600m à découvert, donc 2’30 couru à l’allure trail. Je pointe. Effectivement, personne en vu. J’ai donc un écart supérieur à 2’30. Je relance dans ce vent terrible, d’un portail de prairie à l’autre un kilomètre mesuré une nouvelle fois hier. Arrive enfin le ruisseau à traverser puis ce grand pré avec cette énorme côte quasi incourable de 5’. Je sais encore ou passer pour ne pas se mouiller les pieds qui ont séché depuis peu. J’attaque une nouvelle fois cette montée avec mes bâtons puis marche en me retournant de temps à autre. Non, toujours personne, puis un coureur au loin. Un coureur de couleur sombre, puis deux. Vu les couleurs cela doit etre Erik ou Alexis. Quand à mon écart, environ 6’. Il reste 4 Kms j’ai course gagné.
En haut, je reprends la course. Rapidement c’est le parcours commun avec les autres courses plus courtes parties plus tard dans la matinée. C’est dur de sortir de la trace, celle ou l’herbe haute est couchée, pour doubler les concurrents du Capucin ou de la Capucine. C’est la fin des prairies, reste 2.5 Kms 300m de bois, 300m de chemin avec des orties, et les grandes pistes pour finir. La joie m’inonde et je profite pleinement de ces délicieux moments, car une fois la ligne franchie, c’est le début d’autre chose. Une grande accolade avec JLB, rude, je ne touche plus terre au propre comme au figuré!!! JLB me lâche, Odile me tend LA Couronne de lauriers que je porte fièrement sur les tapis, puis le portique d’arrivée. Ça est, c’est fait. J’ai les doigts et les pieds gelés. Je ne sens plus mes talons tant ils sont froids. Mais je réalise le triplé sur cette course et surtout marque de précieux points pour pouvoir passer un bon été. Cela va me permettre de mieux préparer la côte d’Opale, puis les Templiers.
Bon été à tous et rendez vous en fin de saison.




juin 25th, 2010 at 22:54
bravo
des bâtons pour une course remportée à plus de 13km/h pour un coureur plus à l’aise dans le roulant, je suis très étonné. tu as testé à l’entrainement s’il y avait des différences de temps pour une même montée avec et sans ? le résultat du trail aurait été le même sans ? tu ne les utilisais que dans les montées ?
juin 26th, 2010 at 17:16
bravo Thierry pour ta victoire et pour ce beau récit. plus que quelques points et le titre sera dans la poche!!il ne restera plus qu’a mettre la cerise sur le gateau aux templiers……bon été a toi et à bientot!!!!!!!!!
juin 29th, 2010 at 7:49
GOOD JOB Thierry, félicitations, comme d’hab’ présent au RDV… ça sent très bon pour nous ce TTN 2010 ! Au plaisir de te voir, bon été.
juin 30th, 2010 at 21:02
Serge,
si je prends des bâtons sur un trail, c’est que je suis convaincu qu’ils vont m’apporter quelque chose. Sur un début de course, avec la fraîcheur, oui, ils sont inutiles, mais là, avec une montée “courable”, ils sont d’une bonne aide pour amener plus gros.Je m’en suis servis sur les faux plats montant qui ont suivi, et dans la côte du grand pré à 5 kms de l’arrivée. A condition de savoir s’en servir. Je les utilise souvent à l’entraînement.
A bientôt.
août 31st, 2010 at 16:32
Pfff…là, je suis un peu dégouté, non seulement tu nous bats sur les courses…mais en plus, tu me bats sur les comptes-rendus..pfff…moi qui jouais tout là dessus !!!
Allez, bon courage et à (trés) bientôt!